TRIBUNE – Laurent Chouraqui : « La posture de manager coach : quand le savoir-faire se double du savoir-être » (Les Echos, 18 avril 2018)

By 18 avril 2018Non classé, Tribune

La posture de manager-coach

Quand le savoir faire se double du savoir être

Le coaching est un phénomène dont le succès va croissant dans le domaine de l’entreprise. L’objectif de cette approche centrée sur l’humain est de sensibiliser de futurs managers à la posture coaching pour emmener leurs collaborateurs plus vite, plus haut, plus fort. Et sans doute plus loin.

Encore peu connu à la fin des années 90, le coaching est peu à peu devenu l’allié des managers et des équipes en quête de sens. A telle enseigne, que les plus grandes écoles de commerce françaises le font découvrir à leurs étudiants que ce soit dans la formation grande école ou dans des masters spécialisés. L’objectif n’est pas systématiquement de former de nouveaux coaches, mais également de sensibiliser de futurs managers à la posture coaching pour emmener plus loin leurs collaborateurs.

De quoi s’agit-il ? Pour le manager il s’agit d’un système de pensées, de ressentis et de comportements au centre duquel on trouve quelques idées essentielles.

La première est que la posture coaching correspond à une posture d’accompagnement. Le coach est celui qui conduit une personne ou un groupe à la réflexion sur une problématique ou des enjeux déterminés. La seconde est que les solutions se trouvent chez l’individu ou le groupe accompagné. La troisième est le corollaire des deux premières : individus et groupes sont responsables de leurs choix et acteurs de leur évolution propre.

Dans la posture coaching, la part de l’autre est donc fondamentale et le manager devient ce chef d’orchestre qui va à la fois permettre à chacun des musiciens de donner le meilleur de lui-même et à l’ensemble d’être mélodieux. Avec un double bénéfice : faire en sorte que chacun des collaborateurs se sente inclus et concerné par le projet d’ensemble et permettre au manager de se sentir lui-même épaulé aux commandes du navire.

« C’est bien de venir avec vos problèmes mais n’oubliez pas non plus de venir avec des solutions » (un dirigeant coaché aux membres de son codir)

La posture de coach est donc celle où il est question de développement des collaborateurs. En responsabilisant individus et collectif, le manager les engage à sortir d’une attitude où chacun attend qu’on lui donne des consignes pour pouvoir avancer. Dans ce paradigme emblématique de ‘l’entreprise libérée’, chacun des membres du groupe est porteur potentiel de solutions et … d’idées. C’est sur ce fondement qu’en « quarante ans et vingt millions d’idées », Toyota a fait prospérer son entreprise, jusqu’à tailler des croupières à General Motors aux Etats-Unis. « Chez Toyota on ne produit pas que des voitures, on produit aussi des hommes ». La posture coaching est donc celle qui remet le collaborateur au centre de l’équation entrepreneuriale.

Quand exigence rime avec bienveillance.

Quand on se centre sur l’humain et son développement, il est essentiel de veiller à ce que sa croissance soit harmonieuse. A ce titre, la posture de manager coach est celle de l’horticulteur qui développe avec méthode et amour chaque composante de son jardin. La reconnaissance du collaborateur comme membre à part entière du collectif, levier essentiel dans la qualité de vie au travail, se déduit d’une posture où se mêlent signes verbaux et non verbaux qui montrent que le manager compte sur le collaborateur, apprécie ses actions et sait les recadrer au besoin pour le profit du groupe en général et le développement de l’individu en particulier.

Prendre le temps de l’écoute sans consulter son mobile, ses mails pour se centrer sur le collaborateur c’est être ce coach qui cultive la bienveillance et la présence. Ainsi en va-t-il des actions qui visent à prendre un temps hors du temps de l’entreprise. Les séminaires et actions de cohésion de groupe sont autant d’occasions de vivre et d’être ensemble, tout comme la méditation qui est de plus en plus pratiquée en entreprise depuis que Chade Meng Tan ingénieur puis « Jolly Good Fellow » en titre (« Bon camarade ») l’a emmené au sein puis en dehors de Google.

Il y a dans la posture coaching la volonté de permettre à l’autre de se développer et de se dépasser. On retrouve cela dans le domaine sportif où le coach conduit son poulain à exprimer son plein potentiel. L’ancien capitaine de l’équipe de tennis de Harvard, Tim Gallweyauteur du best seller ‘The Inner Game of Tennis’ où il livre ses réflexions sur l’accompagnement de tennismen ne dit pas autre chose quand il déclare que « le coaching consiste à déverrouiller le potentiel de l’individu pour lui permettre d’optimiser sa performance ». Dans les sports collectifs, le coach doit trouver le juste équilibre entre talents et compétences des joueurs afin que les individualités disparaissent derrière un collectif harmonieux et huilé.

Plus on se développe dans l’attention aux autres plus on se développe dans l’attention à soi et vice et versa. Une approche résolument centrée sur l’humain pour apprendre à se connaître, à se reconnaître, être et avancer ensemble plus loin.

Laurent Chouraqui – Coach – Step Ahead Consulting : La posture de manager coach : quand le savoir-faire se double du savoir-être – tribune parue dans Les Echos le 18 avril 2018.

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