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TRIBUNE – Olivier Vallet : « L’innovation partenariale au service de l’innovation médicale » (Les Echos, 30 novembre 2017)

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L’innovation partenariale au service de l’innovation médicale
Par Olivier Vallet, Directeur général adjoint Hôpital Marie Lannelongue

Pour permettre à l’hôpital de poursuivre une politique de recherche et de développement d’excellence, dans un contexte budgétaire contraint, les grands acteurs du monde de la santé doivent renouveler leur logiciel de coopération en favorisant la création de valeur.

Les hôpitaux participant aux activités de recherches et d’innovations, qu’il s’agisse des Centres Hospitalo-Universitaires (CHU), d’Etablissements Privés à but non lucratif (ESPIC,) ou encore des Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC), sont tous confrontés à des problématiques d’investissements ayant pour dilemme majeur : comment poursuivre une politique de recherche et de développement qui a permis à notre pays de disposer d’un des meilleurs systèmes sanitaires, sans majorer leur endettement et mettre en péril leur équilibre économique futur.

D’autant que le positionnement sur l’excellence médicale ne doit pas nous faire oublier notre responsabilité sociétale face à la dépense de santé qui depuis deux décennies, augmente de manière plus importante que notre produit intérieur brut, passant de 5,2 % du PIB en 1970, à 11 % en 2015, selon l’OCDE.

Une standardisation poussée à outrance

Le financement actuel des hôpitaux est basé sur une méthode dite aux séjours (T2A, Tarification A l’Activité). Pour une même famille de prise en charge, chaque établissement bénéficie d’une rémunération identique. Si cette réforme a eu des effets positifs réels en incitant les acteurs médicaux et gestionnaires à dialoguer, en permettant une culture économique du « monde » médical, et en entrainant l’hôpital dans une dynamique de recherche de l’efficience, elle a aussi favorisé la massification et la standardisation au détriment de la spécialisation et de l’innovation.

Même les aménagements techniques par des crédits fléchés (Missions d’Intérêts Générales), se révèlent peu adaptés aux spécificités des services de pointe et largement contre incitatifs à la prise de risque d’investissement coûteux pour développer des nouveaux modes de traitement.

Ne disposant d’aucune marge financière, les équipes hospitalières sont dans la recherche permanente de diminution de coûts de production.

La solution de simplicité serait de renoncer. Renoncer à investir, à accompagner l’innovation médicale, à garder nos meilleurs médecins, à continuer à bâtir ce qui a été réalisé par nos ainés.

Pour rester leader en termes d’innovations technologiques au service des patients, nous devons trouver des solutions pour répondre aux enjeux de demain, sans nécessairement l’aide de l’Etat.

Des partenariats innovants

Un hôpital de référence se doit d’investir régulièrement dans de nouveaux équipements. Prenons l’exemple de la chirurgie thoracique, traversée par une véritable révolution technologique. La chirurgie ouverte classique est remplacée de plus en plus souvent par une chirurgie mini invasive. Le bloc opératoire doit se transformer en spécialisant des salles opératoires en vidéo-chirurgie. De nouveaux robots chirurgicaux permettent de faciliter et sécuriser des interventions complexes, des salles dites hybrides transforment profondément les stratégies thérapeutiques en permettant les remplacements de valves cardiaques uniquement par voie endovasculaire, la mise en place de prothèses aortiques en utilisant des procédures de fusions d’images et de réalité augmentée.

Pour accompagner cette évolution, une nouvelle offre économique est en pleine structuration. Des acteurs industriels du dispositif médical ou des constructeurs d’équipements médicaux proposent des modalités d’accompagnement associant financement et recherche d’efficience.

Ils ne se présentent plus uniquement comme des vendeurs de matériels, fussent-ils innovants, mais cherchent à structurer des offres de services qui puissent les différencier de leurs concurrents, avec des filiales qui se spécialisent dans cette fonction.

Une approche qualitative

Ces propositions s’appuient sur une stratégie de croissance et de création de valeur, de développement de nouvelles formes de formation professionnelle, de mise en œuvre de nouvelles modalités de prise en charge pour répondre aux défis de maîtrise des coûts de notre système sanitaire, d’innovations médicales et d’amélioration d’efficience.

Cette création de valeur doit bénéficier autant à l’industriel qui accroit sa part de marché, qu’à l’hôpital qui peut accéder à l’investissement et à l’ensemble des services associés par l’intermédiaire d’un coût à la procédure et d’une remise variable liée à la croissance.

Ce type de contrat ne peut s’envisager que dans la durée. Il s’agit non plus d’un accompagnement classique comme peut le proposer une société de conseil, mais d’un partenariat qui doit intégrer un réel partage du risque afin de mobiliser les deux acteurs vers des objectifs communs.

Il faut pour autant être attentif à l’indépendance médicale. Les choix médicaux doivent toujours être guidés par l’intérêt du patient. Le contrat doit prendre en compte cet élément essentiel.

Face à des contraintes économiques toujours plus fortes, l’hôpital doit trouver de nouvelles modalités de financement. Ce type de partenariat où acteurs hospitaliers et industriels travaillent ensemble dans une même logique d’efficience et d’innovation est une piste à explorer d’urgence.

Olivier Vallet (Directeur général adjoint Hôpital Marie Lannelongue) – L’innovation partenariale au service de l’innovation médicale – tribune parue dans Les Echos le 30 novembre 2017.

TRIBUNE – Guillaume Connan : Taxis/VTC il faut une réglementation unique (La Tribune, 11 octobre 2016)

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Taxis – VTC : il faut une règlementation unique

Sur le marché du transport public de personnes, les différences s’estompent. Les avantages concurrentiels des uns ont fini par être rattrapés par la prise de conscience des autres d’un monde en pleine évolution. Les positions se rapprochent jusqu’à rendre difficilement tenables les différences réglementaires actuelles.

Jusqu’à une époque très récente, le conflit opposant taxis et VTC était perçu comme une bataille, entre partisans d’une innovation de rupture, au service de consommateurs par eux libérés, et conservateurs arc-boutés sur des privilèges d’un autre temps.

Il est vrai que la réaction très violente des taxis contre l’arrivée d’une concurrence qu’une très large majorité attendait depuis longtemps a des allures de défense d’avantages acquis aujourd’hui incompréhensibles, donc indéfendables. De leur côté, les VTC n’ont-ils pas offert une façon plus simple de commander une voiture avec chauffeur, un service d’une qualité supérieure et des prix si ce n’est inférieurs, du moins compétitifs ? A voir.

 Une convergence de fait

Car ce qui a pu être vrai il y a trois ans, au moment de l’arrivée de ces nouveaux acteurs sur un marché qui n’avait connu aucune innovation depuis des décennies et dont les acteurs vivaient endormis derrière un monopole par définition confortable, ne l’est plus aujourd’hui. La facilité d’utilisation ? De nombreuses appli existent désormais, avec des fonctionnalités équivalentes, chez les taxis et les VTC, de sorte que cet élément n’est plus discriminant.

La qualité de service ? Personne ne peut aujourd’hui contester le fait que les nouveaux entrants ont vu leur qualité diminuer drastiquement depuis quelques temps et que, de leur côté, les taxis ont fait des efforts dont on les pensait incapables.

Les prix ? L’introduction de forfaits aéroports pour les taxis et le maquis tarifaire des VTC, avec des différences significatives d’un acteur à l’autre et même, en fonction de l’offre et de la demande chez certains, ne permet plus d’affirmer qu’il existe une différence significative de prix entre taxis et VTC.

Les avantages concurrentiels majeurs sur lesquels les VTC ont rapidement pris une part de marché importante aux taxis n’existent plus. Un partout, balle au centre.

 Une réglementation unique s’impose

Cette situation, nouvelle, est une bonne nouvelle pour le consommateur final. Car elle garantit que la disparition d’un monopole ne se traduira pas par l’apparition d’un autre.

Encore faut-il que le cadre réglementaire, qui représente les règles auxquelles tous les acteurs sont soumis, soit cohérent avec cette situation de fait, celle d’une convergence aux yeux du consommateur entre les VTC et les taxis, les deux professions remplissant le même rôle à leurs yeux et devant donc être soumises aux mêmes règles. Or, de ce point de vue, le régulateur est hors sujet.

 Comment être à la hauteur ?

D’abord, en supprimant certaines règles absurdes qui pénalisent les VTC et leurs clients. Avec l’arrivée des VTC, dont la supériorité concurrentielle était initialement très forte par rapport aux taxis, le régulateur a voulu protéger une profession pour lui importante, en imposant certaines règles dont notre administration féconde a le secret. Le retour à la base imposée entre deux courses aux VTC par exemple. L’exclusion des VTC de certaines voies réservées, sur les autoroutes aux heures de pointe ou les couloirs de bus. Ou encore la mise en place d’un examen particulièrement difficile aux candidats VTC pour l’obtention de leur carte professionnelle afin d’en limiter l’afflux. Tout cela ne fait pas de sens et renforce l’image d’une profession dont on limite l’essor pour en protéger une autre qui, objectivement, n’a plus besoin de personne pour se défendre. Cela retarde aussi une convergence entre deux secteurs qui, de fait, cohabitent et se concurrencent sur le même marché.

Pour clarifier une situation devenue incompréhensible aux yeux des consommateurs, le gouvernement doit accélérer la mise en œuvre d’un cadre juridique clair qu’il a déjà esquissé (tant en termes de formation et d’exercice de la profession, que de respect des règles sociales), associé à une gouvernance rationnelle et pérenne. La condition pour que ce secteur à forts potentiels, puisse donner le meilleur de lui-même au service des attentes du client final et devenir ainsi créateur de valeur.

Guillaume Connan (Directeur général CHABE) – Taxis/VTC il faut une réglementation unique – tribune parue dans La Tribune le 11 octobre 2016.

TRIBUNE – Guillaume Connan : Taxis/VTC il faut régler la question du temps de travail (Les Echos, 28 septembre 2016)

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Taxis/VTC : il faut régler la question du temps de travail

S’assurer que taxis et VTC soient soumis aux mêmes règles sur le temps de travail, c’est permettre une concurrence saine, tout en garantissant la sécurité des usagers.

Depuis près de trois ans, le marché du transport public de personnes, bousculé par l’arrivée de nouveaux acteurs, ne vit plus qu’au rythme d’un conflit qui n’en finit plus entre taxis et VTC . Une opposition qui s’est très vite résumée aux yeux de l’opinion, en une féroce bataille rangée entre anciens et modernes, chacun restant campé sur ses positions. Une vision quelque peu caricaturale, qui empêche de poser les vrais problèmes. Le premier d’entre eux n’est ainsi jamais sorti dans le débat public. Il est pourtant essentiel. C’est celui du temps de travail.

Un taxi parisien a un nombre d’heures limité, par journée, au cours desquelles il peut prendre un client. Un conducteur de car, scolaire par exemple, doit respecter des règles strictes de temps de conduite dont son chronotachygraphe est le témoin infalsifiable.

La question du droit social

Un chauffeur salarié d’une entreprise de VTC a des contraintes similaires, dont son employeur est responsable. Il doit, notamment, prendre au moins une journée de repos par semaine de sept jours et avoir onze heures de repos entre deux journées de travail. Il s’agit là de bon sens, s’agissant d’un transporteur public de personnes, une question élémentaire de sécurité des usagers transportés et de nos concitoyens en général.

Ces règles, limitant le temps de conduite, s’imposent même aux chauffeurs transporteurs routiers de marchandises. Pourtant, elles ne s’imposent pas à la plupart des applications mettant en relation un client avec un VTC. En effet, les chauffeurs sont souvent des indépendants, autoentrepreneurs ou dirigeants de sociétés souvent unipersonnelles. À ce titre, ils peuvent conduire aussi longtemps qu’ils le souhaitent (ou le doivent). Résultat, aujourd’hui, des chauffeurs Uber (ou autre) faisant des journées de 16 heures ou plus, sept jours sur sept, ne sont pas l’exception, mais malheureusement la norme.

C’est d’ailleurs une des principales raisons pour laquelle Uber veut à tout prix éviter de voir ces chauffeurs indépendants requalifiés en employés. Car non seulement les charges qu’Uber aurait à payer seraient supérieures à celles aujourd’hui supportées par les chauffeurs, mais surtout, il aurait à leur faire respecter le droit social applicable et, en particulier, le temps de travail. Uber, comme une entreprise salariant ses chauffeurs aujourd’hui, en serait en effet responsable. Or, le faire, changerait l’équilibre économique de son modèle. La disponibilité des véhicules en serait affectée et les prix augmentés. Mais, cela ne serait-il pas normal, pour des questions de saine concurrence d’une part, et surtout pour des enjeux de sécurité, d’autre part ?

Une même règle pour tous

En imposant à tous les acteurs du transport public de personnes, taxis, salariés d’entreprises de VTC ou VTC indépendants, de respecter les mêmes règles en matière de temps de travail, le régulateur qu’est l’État, et plus globalement le législateur, remplirait pleinement son rôle : celui de protéger les concitoyens et d’assurer des bases similaires pour le bon développement d’un secteur plein de potentiel. In fine, le juge de paix serait le client final. Il privilégierait les meilleurs, au sein des VTC et des taxis, pour le servir. Et là, il n’y aurait plus de contestation possible. Certains VTC prospéreraient, certains taxis aussi. D’autres disparaîtraient. Le marché, une fois structuré, se renouvellerait sainement.

Vu d’aujourd’hui, on n’en prend malheureusement pas la direction. Les victimes sont faciles à identifier : le consommateur final qui voit la qualité de service diminuer et sa sécurité mise à mal, et le chauffeur dont les revenus diminuent à mesure qu’on lui demande de plus travailler. Et, partant, l’Etat aussi dont les recettes fondent. À l’exception de quelques sociétés qui surfent sur l’excitation irrationnelle d’investisseurs en mal de placements, tout le monde est perdant.

Il devient donc urgent de définir le cadre au sein duquel taxis et VTC pourront se mener une concurrence saine, tout en garantissant la sécurité des personnes. Abolir les règles inutiles et incomprises qui pénalisent les VTC au profit de taxis maintenant bien armés pour se défendre et s’assurer que taxis et VTC soient soumis aux mêmes règles sur la question essentielle du temps de travail, suffirait à le faire. Une réforme juste et équilibrée au nom du progrès social auquel vous êtes particulièrement attachée et au profit de tous : clients, chauffeurs et État.

Guillaume Connan (Directeur général CHABE) – Taxis/VTC il faut régler la question du temps de travail – tribune parue dans Les Echos le 28 septembre 2016.

TRIBUNE – Harold Zimé : « Quand le co-funding redynamise l’épargne » (Les Echos, 27 Mai 2016)

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Quand le co-funding redynamise l’épargne

L’épargne des Français reste très largement bloquée sur des produits peu rémunérateurs, éloignés des besoins réels de notre économie. Pour changer la donne et faire de chacun d’entre nous des business angels au service de la créativité et de l’emploi, un nouveau concept émerge : le co-funding.

Selon la Banque de France, 4.259 milliards d’euros dorment sur des comptes sans réelle rentabilité. Les solutions proposées par nos banques traditionnelles n’ont guère évolué : livret d’épargne, assurance-vie, produit structurés …, tout cela reste opaque, peu rentable, cher et guère innovant. 1.000 € épargnés ne rapportent que 7,5 € à la fin de l’année. Scandaleux ! Si bien que les 92% de Français détenant un livet A (selon l’Insee) ont des raisons de s’inquiéter pour leur épargne !

Partant de ce constat et portées par la révolution digitale, de nombreuses FinTechsse lancent, avec de nouvelles solutions plus transparentes d’épargne 2.0 qui visent à mieux répondre à nos besoins voire carrément disrupter nos habitudes d’épargne.

Deux options

C’est ainsi que sont apparues les robot-advisor, qui essaient de faire mieux avec ce qui existe déjà. Ils partent du constat que les conseillers financiers ne font guère mieux que des algorithmes qui investiraient à la place du particulier, sur les mêmes instruments financiers mais avec des frais minimisés. Mais ce type de service reste réservé à une portion aisée des ménages.

Dans un second temps, le « crowdfunding » est apparue comme une solution plus ouverte à même de résoudre la déception des investisseurs pouvant ainsi concrètement apprécier la destination de leur épargne. 7% des Français l’utilisent et près de 300 millions d’euros y ont été investis en 2015, d’après le baromètre réalisé par Compinnov pour Financement participatif France. Le marché double chaque année et semble enfin se dynamiser. Le réel enjeu est : rendre accessible à 100 % des Français, des opportunités autrefois réservées à 1 % de la population.

Booster l’épargne

Le cadre réglementaire du crowdfundinga été dépoussiéré par Emmanuel Macron il y a quelques semaines, permettant aux acteurs majeurs de prospérer. Car l’enjeu est important : 4.259 milliards d’euros, très loin des 300 millions d’euros constatés.

Afin de rendre perfectible ce crowdfundinget d’offrir une réponse concrète aux épargnants, le financement participatif se transforme avec l’apparition du cofundingqui allie la dynamique du crowd, la vitesse du numérique et le professionnalisme de l’investissement.

Contrairement au crowdfundingoù le risque est porté uniquement par les particuliers, lecofundingpermet à tous de booster son épargne en co-investissant avec des professionnels de l’investissement (Fonds, Family Office, banque), dans les innovations dont ils ont besoin (Santé, Silver économie, Objets connectés…) et dans les mêmes conditions.

Investir en quelques clics

Tout le monde peut investir en quelques clics selon ses moyens et ses affinités : fiscalité, création d’emploi, innovation, retour sur investissement … 12 mois après le démarrage du cofunding, les résultats sont impressionnants. Le concept fédère déjà 35.000 membres qui ont investis 5 millions d’euros et permis la création de 30 emplois, selon ICCI Group.

Avec de belles histoires à la clé. Daniel, qui a investi dans une entreprise qui développe un traitement contre la maladie d’Alzheimer, une pathologie dont sa mère est atteinte, va par son geste peut-être contribuer à la soigner, tout en défiscalisant dès aujourd’hui et en réalisant à terme une plus-value substantielle. Le cofundingserait-il en train d’ubériser le crowdfundinget les habitudes d’épargnes?

Harold Zimé – Co-fondateur Hoolders : Quand le co-funding redynamise l’épargne – tribune paruie dans Les Echos le 27 Mai 2016.